06 septembre 2006
Pour faire patienter...
IL SUFFISAIT D’Y PENSER
Un ange…
Je suis forcément un ange : regardez-moi ces ailes que je déploie sans effort. Elles sont tellement belles. Je ne me lasse pas de les admirer. Il y a une plume plus longue que les autres de ce côté, j’espère que ça ne compromettra pas mon envol.
Il faut que j’essaie, je veux en avoir le cœur net. Facile à dire, mais je n’ai pris aucun cours de pilotage, moi. Bof ! ça ne doit pas être compliqué et puis, un ange, c’est immortel : donc je ne risque rien.
J’ai besoin de prendre mon élan : une distance de cinquante mètres devrait suffire. Je devrais peut-être chercher une piste dans le sens du vent et légèrement en descente pour décoller plus facilement. Cet endroit là-bas me semble parfait.
Nous y voilà : le moment de vérité… TAAAYOOOOOOOOOO !!! … Et hop ! C’était pas bien compliqué, on dirait que j’ai fait ça toute ma vie. On se fait vraiment une montagne d’un rien, il faudra que je leur dise quand je reviendrai…
Mais au fait : est ce que je reviendrai ? Que je revienne d’où ? J’ai l’air malin, moi à voler comme un petit rat de l’opéra. Faudrait pas que quelqu’un m’observe. Oui d’ailleurs : je suis tout seul ? Y a pas de service d’accueil au ciel ? En montant plus haut, j’y verrai peut-être mieux.
Personne. C’est vraiment la misère. Et qu’est ce qu’il fait froid ici, c’était pourtant une belle journée d’été et le soleil est à son zénith. Je vais m’en rapprocher histoire de me chauffer un peu. Il doit y avoir un sacré feu de cheminée là-haut…
Icare
07 septembre 2006
Dans la série des interprêtations...
MA DERNIERE TENTATIVE
(Document retrouvé sur un site archéologique en Crète)
Père
Pourquoi n’as-tu jamais cherché à me comprendre ?
Toute ma vie, je n’ai cessé de suivre tes pas
Sans te demander aucune justification
Défiant les serpents qui crachaient sur ton nom
Et t’accusaient de médiocrité
Père
Dois-je encore supporter le poids de tes erreurs ?
Aussi scrupuleusement que tu me le demandais
Je t’ai toujours appuyé dans tes décisions
Jusqu’à ce maudit pacte avec Ariane
Qui nous entraîna dans ton propre piège
Père
Est-ce dont cela que tu as fait de moi ?
Aveuglé par ton orgueil, tu as défié les dieux
Sans penser que je puisse en payer le prix
Je n’ai plus la force de porter ton fardeau
Tel un éphémère, j’ai peur du lendemain
Je prie,
Le destin serait-il à ce point cynique ?
Il a fait de toi mon guide pour l’ultime voyage
Prenant soin de m’indiquer la voie la plus simple
Avant mon envol, tu m’offres un dernier baiser
T’aurais-je appri la culpabilité ?
Celui qui voulait être ton fils,
Icare
10 septembre 2006
La mère patrie...
LE FILON
Chez le peuple Imba, dans le désert de Namibie (Afrique), les femmes se couvrent le corps d’ocre : une sorte de terre rouge. Ça fait partie de leurs croyances… Drôle de maquillage ! Il existe un seul endroit dans le pays où l’on peut trouver cette terre. Ces mines sont très loin des villages Imba & parfois il leur faut jusqu’à deux jours de marche pour atteindre leur but. Ces femmes rapportent plus de cinquante kilos par voyage & doivent y retourner au moins trois fois par an.
Imaginez des bateaux entiers de pétasses occidentales qui partent à la pêche aux baleines pour fabriquer leur rouge à lèvres… Perchées sur leurs pilotis, elles seraient armées uniquement d’une lime à ongles pour éventrer la bête & en retirer la sacro-sainte matière. Des affolées de la liposuccion qui se damneraient pour un peu de graisse de baleine.
L’idée m’a traversé l’esprit d’en faire un scénario… Ça demanderait beaucoup de moyens, mais le résultat doit être jouissif. L’esprit prend parfois des orientations que le cœur ne peut nier. Des idées tordues, j’en ai à foison, mais si elles peuvent se rendre utiles, faut voir.
Seulement, je doute de l’efficacité d’un tel procédé… Alors je me dis que je devrais monter une agence de location de bateaux pour mettre à profit mon idée. J’ai déjà le spot publicitaire, il me manque juste le slogan.
Icare
17 septembre 2006
Sur le fil...
METEMPSYCHOSE DU MYTHE D’ICARE DANS UN BIORYTHME PERTURBE
Varié, t’es français
C’est pas si moche à revendiquer
Au concours des circonstances, t’as perdu
Français, t’es foutu
Le regard perdu dans les rétroviseurs
On en oublie la route devant soi
& on fonce tête baissée dans le téléviseur
Sans voir l’autre qu’on percute d’un choix
C’est vrai qu’hier, bien que pluvieux
Paraît tant mieux dans la mémoire
Que le hasard spectre vicieux
Des futurs vides de nos miroirs
Projections hyper mnésiques en costume de soi
Synapses synchronisées au rythme de la foule
Nos rêves brandissent l’étendard de la mauvaise foi
Derniers remparts d’un pandémonium qui s’affole
On persiste, on hésite… lui d’abord
Mon premier pas suivra le sien
Combien arriveront à forcer le destin
Combien de victimes pour effacer le décor
Varié, t’es français
C’est pas si moche à revendiquer
Au concours des circonstances, t’as perdu
Français, t’es foutu
Le chasseur préfère le tigre quand il dort
Dans le confort d’un songe de traque cruelle
Il prend la belle le cœur en réconfort
A grand renfort de victoires virtuelles
Les ruelles regorgent de pantins mécaniques
& l’espace scénique sent sa sclérose
Odeur de rose pour fanatiques
Dans une éthique de l’overdose
Prédateur perfide au venin nucléaire
Auréolé de la bonne conscience collective
Sa majesté ne trouve plus d’adversaire
Les rats ont tous quitté la rive
Serait-il sage d’attendre la prochaine marée ?
Les éléments cèderont-ils à ses caprices ?
Les équilibristes qui traversent ses précipices
Modèrent leur cadence d’une innocence inachevée.
Thomas D. Lavorel & Matthieu I. Nachvé
21 septembre 2006
Les moyens justifient la fin...
INITIATION
Avec son masque de faucon
Ses ailes envelopant son corps
Jusqu'à tomber sur ses chaussons
On croirait voir un homme fort
Ses yeux de braises cramoisies
Voulaient charmer Dame la pluie
Virevoltant au gré du vent
En un tourbillon de fumée
Il entame son premier chant
Une fois la lune levée
Nous sortons tous de nos maisons
Et les nuages à l'horizon
Osaient à peine pointer leur nez
Intimidés comme des puceaux
Ils s'éloignent toujours plus haut
Mais nous qui restâmes en bas
Si Dieu pouvait le pardonner
La danse nous rendit béats
Ce soir aucune pluie n'est tombée
Mais il a fait pleuvoir nos âmes
En larmes oréolées de flammes
Et l'homme faucon si lyrique
Devint, et pour l'éternité
Une légende mythologique
Thomas D. Lavorel & Matthieu I. Nachvé
(voir l'illustration pour "Initiation" )
27 septembre 2006
Nota bene...
Icare est un personnage étrange… Dans la mythologie, le roi Minos, suite à l’histoire avec Thésée, se vengeât de la mort de son fils (le Minotaure). Icare fût enfermé avec son père, Dédale, dans le labyrinthe que ce dernier avait conçu. Pour en sortir, ils se collèrent des plumes sur les bras avec de la cire pour se faire des ailes. Dédale mit en garde son fils de ne pas voler trop bas (à cause de l’humidité) ni trop haut (à cause de la chaleur). Mais Icare fût irrémédiablement attiré par le soleil, ses ailes fondirent et il chuta dans la mer.
Ce récit a souvent été interprété pragmatiquement par une vision patriarcale à l’inverse des poètes (Charles BAUDELAIRE dans Les Fleurs Du Mal et même BRASSENS). Pour beaucoup, Icare représente donc la jeunesse impétueuse et désobéissante qui se jette à corps perdu sur son destin et finit par se brûler les ailes. Un comte de grands-pères qui incite l’enfant à écouter l’autorité en vigueur. Mais pour d’autres, il suscite une admiration quant à sa détermination aussi folle soit-elle.
Ce qui m’intéresse, c’est de me plonger dans le personnage : décrire chacun de ses instants comme si son mythe remplissait une vie entière. Quel rôle a-t-il joué pour que Minos l’enferme avec son père ? Quelle était la relation de Dédale et Icare ? Quel était son but quand il est parti à l’assaut du soleil ?
Icare
13 novembre 2006
Le complexe d'icare de mewa
Onzième Incubation
Des mots
Des montagnes de Solitude
Des larmes imagées qui se murmurent
Oublie de la réalité pour des idées déshéritées
Des mots
Des rations délabrées de palabres intestines
Plein la tête
Hydres se démultipliant à chaque bouffée, sans cohérence, pour un con en errance qui ne profite pas de son balcon
Pour câbler les contours d’une carte postale qui l’accable
Pour rêver, s’évacuer, s’évader
Des mots qui dansent sur l’imagination
& d’autres qui croupissent en des prisons
Trop sages & trop tranquilles
Des mots sauvages & indomptés
Des mots de rage
De dégoût, de haine, de mépris
Mal appris
Leurs techniques & leurs prises
Des mots d’ordres & des mots doux
Ordonnance d’une violente démonstration de mort douce
En pagaille & sans chaînes, enchaînant les mouvements chorégraphes d’un rituel inachevé
Des mots tels des chambres accouchées aux hostos giratoires
Des mots malades
Des mots violents
Des envies de dire JE T’AIME, de le gueuler au vent
A l’écho, aux rapaces qui se dandinent sur ma carcasse
Des mots d’amour, de joie, de rire
Des liesses de bons mots
Des nuages sans nom qui me narguent l’esthète dans ces cieux qui ne font pas mon apanage –
Génie de la nature. Artiste le sens-tu ?
Ces formes de vapeur qu’aucun de mes mots n’ont appris à sculpter…
Des mots qui se gercent à la source des cascades & d’autres qui explosent des records au compteur
Ivresse d’évidence
Fouet de considération
Ceux qui sont le silence
Epousent la contradiction
Ces mots qui ne se vendent qu’au prix du sang
– Si vous trouvez moins cher ailleurs
Allez-y !
Un mal des mots
Des maux mis à mal
Par les mots
Scanner métaperché des folies incurables
Folie extrapodentielle
Combien de murailles sordides le poids des ans dresse-t-il autour des costumes & des masques de soi
Des mots incendiaires
Fantassins de poésie aux sabres métaforgés
Des mots qui font mouches
Qui s’écrasent
Un peu louches
Table rase
Révolus ?
Révolutions verbales
Balles de vers à vue
Des chutes horizontales
Des mots ricochets qui rebondissent & qui reviennent
Par modes & des mondes inventés
Suivant un fluide de pensée
A vider
Dans l’ordre ou dans le désordre
– le sens du chaos fait son bonhomme de chemin
Absence de l’Autre…
Les mots s’acharnent & supplantent les humanoïdes personnages de mes instincts sur des points d’interrogation, l’orgueil disséminé à la cime de ces croix vermeilles
Vole Vole Icare
Approche-toi du soleil
Flambe un peu… Tu verras jaune
Sauvegarde avant ta chute les accents de l’ivresse délivrée de ta tristesse assassine
Fais-moi ce plaisir :
Tombe dans un sourire criard !
Thomas D. Lavorel
05 janvier 2007
Divagations patriarcales...
GYNECIDE
- « Papa ! Papa regarde, je sais faire un oiseau avec mon ombre ! »
- « Laisse moi tranquille. Tu vois bien que c’est pas le moment. »
Il le sait pourtant qu’il faut pas enquiquiner son père quand il est en pleine création… En plus, c’est le moment cruciale. Je dois faire preuve de minutie, il me faut le maximum de concentration. Je dois mettre suffisamment de cire avant qu’elle ne durcisse en refroidissant. Les plumes doivent épouser parfaitement l’armature.
Voilà à quoi j’en suis réduit… J’étais destiné à un avenir glorieux. Il faut dire qu’elle a su s’y prendre, la bougresse. Avec son déhanchement félin & ses papillonnements de cils. « Allez mon métissounet* ! Si tu m’accordes cette faveur, je saurai t’en remercier. » M’en remercier, tu parles. Elle n’a pas soufflé mot quand son père nous a condamné… Pas même pour épargner mon fils.
Quant à sa mère, elle était bien trop effrayée à l’idée de subir le même sort pour l’ouvrir. Faut dire qu’elle avait fait fort en forniquant avec ce taureau sorti d’on ne sait où. En fait, je me demande qui de la mère ou de la fille m’a fait réellement tomber dans ce bourbier… Je dois avoir un problème avec les femmes. Il faudra que j’en parle à mon psy.
Dédale
* du grec "métis" : intelligence rusée, sagacité, souplesse d'esprit, débrouillardise, vigilance, sens de l'oportunité, expérience longuement acquise... une sorte d'astuce
30 janvier 2007
Portrait de Profils Personnalisés
Tout corps étranger inséminé socialement est amené à s'approprier son hôte jusqu'à l'autodestruction...
Approchez ! Approchez braves gens !
Et venez écouter la fantastique histoire
Mais néanmoins fatale & triste du jeune Jean
Fruit de l'éprouvette d'un étrange laboratoire
Lui fût greffé par des scientifiques au regard indulgent
Une puce électronique dans le cerveau à côté de la mémoire
Jean serai gré à l'humble lecteur de pardonner la divagation suivante :
Dans la course au désir les insensibles sont rois
Leurs lourdes couronnes penchées vers l'avant
Pour mieux propulser leurs derrières
Des traces de doigts dans les poches & des poches sous les yeux
Des trousses de secours à portée de main
& des claques chirurgicales à portée de fusil
Dans ce road-trip aux trappes raides
Les sables mouvants ne sont pas nomades
& l'immobilisme n'est pas un point de fuite
Des chaînes aux dents, des portes qui grincent & se referment
Sont ainsi les déboires des désabusés débonnaires
Qui payent de leur amour insensé leur amère déception
Il y a ceux qui foncent & se défoncent
A cœur perdu au son des corps à corps
& il y a ceux qui froncent et dénoncent
En de subtiles salamalecs qu'ils soliloquent
Dans la course au désir les raisonnables sont fous
D'un pas feutré, ils grelottent dans des draps d'argile
Détestant ce qu'ils sont comme ceux qu'ils pourraient être
Déversant leurs râles mêlés d'apoplexie névralgique
Il y a ceux qui pensent mais jamais ne dépensent
Comme le songe hermétique d'un singe à l'allure bonobo
Aux défenses récalcitrantes, à la mèche rebelle.
& puis il n'y a plus rien… à part mes ailes
Matthieu I. Nachvé







