13 septembre 2008
La Philosophie du Caca
Je ne vois guère que Artaud qui ait eu les couilles d'envisager l'humain au prisme de perspectives fécales. Pourtant, pour tous, chier est primordial, & il n'y a rien d'obscène, ni dans l'acte, ni dans la pensée même de déféquer ou de « couler son bronze ». L'humain, dans la littérature, ne chie que rarement, & l'on à tôt fait de taxer celui qui fait chier son personnage de pervers dégueulasse. C'est un fait : l'homme se cache pour se vider de toute la merde stockée dans ses intestins, & il dissimule ses crottes à consistances variables dans les égouts de la ville ― « les Venise de merde », comme le disait si bien Milan Kundera. On se cache, on s'enferme dans les cabinets, car il est indigne de faire caca. Ne dit-on pas que si l'on veut faire tomber de son piédestal celui ou celle qu'on adule, il suffit de l'imaginer crispé sur son trône de faïence ? Honte & déshonneur pour celui qui, peuchère, se fait surprendre dans cette pourtant bien naturelle posture. Mais ne dit-on pas aussi que nulle journée ne se passe tranquillement si, dans les minutes qui suivent le réveil, après le premier café & le premier clope, on ne passe pas par les chiottes pour se vider le bide de tout ce qui l'obstrue. Au-delà du mécanique, mais non séparé des nécessités organiques (cela devrait aller sans dire), chier est une question d'éthique : vidange du non-assimilable, déchets de la digestion évacués de soi pour laisser de la place à une nouvelle ingestion. Il y a comme un lien étroit, & pas seulement métaphorique, entre évacuer de soi la merde contenue dans le gros intestin & évacuer de soi des pensées ― le non-assimilable du ventre métaphysique, ce qui obstrue les conduits si on ne s'en débarrasse pas. En allant chier de bon matin, c'est toute l'accumulation de la veille au soir & de la nuit qui se sépare de soi ― alimentaire & autre ; c'est faire de la place pour tout ce que le jour nouveau comporte de nouveauté. Que l'on regarde à présent, de cet angle de visée, la diarrhée ou la constipation : la constipation comme incapacité ponctuelle à se débarrasser de l'inassimilable & des déchets organiques que le caca transporte dans son emballage particulier. Ne pas pouvoir évacuer sa merde & ne pas pouvoir se débarrasser des pensées déchectueuses ne sont pas seulement deux pathos du même ordre, mais il s'agit peut-être bien là d'une seule & même équation : on n'en finit jamais avec ce qui nous ruine le sang. Que l'on regarde aussi, à l'étalon de cette interprétation peu banale, toute littérature, toute poésie, toute philosophie... Écrire est un acte fécal, ou plus exactement : écrire & chier sont une seule & même chose. Peut-être est-ce pour cela que les humains se cachent aussi pour écrire
Commentaires
Héhé
C'est une observation intéressante, je regrette juste qu'elle ne soit pas assez illustrée.
Quand je suis revenu du Togo & la première fois que je suis allé aux toilettes pour ce genre de besoin (dans les WC puublics de l'aéroport, autant dire qu'il ne sont pas vraiment de première qualité), j'en suis sorti en comprenant pourquoi on appelait ce lieu "un trône"...
Peut-être
Aurais-tu préféré une photo ?
Sinon, somme toute personnellement, heureux de lire quelques fragments numériques de ta pensée...
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