25 février 2008
La psychanalyse au soupçon
A partir de quand
trouvons nous notre place dans ce monde ? A partir de quoi trouvons-nous un
sens au formidable & terrible bouillonnement interne qui dilapide les
entrailles ? Funeste gaspillage de force que notre « évolution ». On
nous parle de quête d'identité — on doit savoir qui on est ; mais c'est
un égarement de plus : on ne trouve jamais que masques, permis de construire
& passeports — il n'y a jamais rien qui vaille. 2500 ans de Socrate
platonisé, d'Aristote, de Descartes, de Kant & de Christianisme pour en
arriver à l'Homomacdonaldus — n'y a-t-il pas là symptôme d'un glissement dans
l'équation ? La vérité c'est que « la construction de soi » n'est
jamais qu'une mise en scène de plus, même lorsqu'elle est inconsciente.
Certains d'entre nous se savent profondément comédiens & veulent leur mise
en scène parce qu'ils la prenne pour ce qu'elle est : un jeu. Ils jouent avec
le corps & son identité polymorphe. Plus cruellement encore : ils jouent
avec le monde alentour, le grugent & le mystifient. Comédiens par nature,
ils sont le combustible d'un théâtre qui fleurit de partout comme un
« orage de possibles », tentative multiple. Je ne peux pas comprendre
ce que Nietzsche reprochait au théâtre. Sans doute ne connaissait-il pas celui
que j'expérimente, d'un côté comme de l'autre de la scène — il ne pouvait pas
le connaître. Notre théâtre n'est pas le sien... ce monde non plus. J'oserais
parler du pouvoir de la scène. A une époque où tout réclame de
l'apparence, les comédiens sont sans doute les plus véridiques d'entre tous :
ils savent que l'identité n'est qu'un jeu & deviennent experts en
contradiction. Le comédien n'apprend pas qui il est : il est tout le monde, il
joue avec tous les rôles ; il sait que l'identité n'est qu'une question de
regard — masques & fracs, parfois déguisements, mensonges &
distorsions... La quête de l'identité est une névrose de psychanalystes. Ce
n'est pas qui nous sommes que nous cherchons, mais ce que nous
sommes, dans notre sang, au plus profondément ancré.






