13 octobre 2006
Prix Noble
STOCKHOLM (AFP) - L'écrivain turc Orhan Pamuk a remporté jeudi le prix Nobel de littérature pour une oeuvre qui se situe sur la ligne de faille entre monde musulman et Occident. "C'est un très grand honneur, un très grand plaisir", a-t-il dit soulignant qu'il s'agissait d'un motif de fierté non seulement pour lui mais pour son pays et sa langue. Parmi ses livres traduits en français, on peut citer "Mon nom est Rouge" (1998), "Neige" (2002), "La maison du silence" (1983) et "Le livre noir" (1990). Premier Nobel de littérature turc, Pamuk, qui projetait pendant sa jeunesse d'être peintre, est né le 7 juin 1952 dans une famille bourgeoise, aisée et séculière. Il a étudié l'architecture puis le journalisme à Istanbul. Il est connu dans son pays comme un auteur contestataire bien qu'il se considère comme "écrivain littéraire sans intentions politiques", selon l'académie.
L'Académie suédoise a indiqué dans ses attendus avoir décerné le prix à un auteur "qui, à la recherche de l'âme mélancolique de sa ville natale, a trouvé de nouvelles images spirituelles pour le combat et l'entrelacement des cultures".
Dans son oeuvre, Pamuk s'est attaché à décrire les déchirements de la société turque entre Orient et Occident, un thème très actuel à l'heure du difficile processus d'intégration de la Turquie dans l'Union européenne. A Istanbul, l'appartement d'où il écrit ses livres lui offre une vue sur un pont enjambant le Bosphore, lien entre l'Europe et l'Asie. La société turque qu'il ne cesse d'observer, son évolution vers l'occident, est sa source d'inspiration.
Le lauréat a été le premier écrivain du monde musulman à dénoncer la fatwa contre l'auteur britannique d'origine indienne Salman Rushdie et il s'était attiré les foudres des nationalistes pour sa défense des causes arménienne et kurde. "Un million d'Arméniens et 30.000 Kurdes ont été tués sur ces terres, mais personne d'autre que moi n'ose le dire", avait-il affirmé en février 2005 dans un hebdomadaire suisse. La justice turque avait engagé des poursuites contre lui pour "insulte ouverte à la nation turque", abandonnées début 2006.
En Turquie, le sous-secrétaire d'Etat au ministère de la Culture, Mustafa Isena, a félicité l'écrivain en dépit des controverses qu'il a suscitées en Turquie. "Je suis très heureux et je le félicite", la récompense "va aussi attirer l'attention internationale sur la littérature turque et sur d'autres auteurs turcs", a-t-il déclaré. Le responsable turc a ajouté plus sèchement: "ses autres actions ne m'intéressent pas. Je pense qu'il est un bon romancier et je pense qu'il a été récompensé pour ses romans".






